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30 Jan

Dogmes, l'éditorial de Maurice Ulrich dans l'humanité

Publié par secretaire de section

Faut-il prendre Barack Obama au sérieux ? Oui, de toute manière. Le président de la première puissance économique et militaire du monde ne prononce pas son discours sur l’état de l’Union devant le Congrès sans que ses propos n’aillent au-delà, surtout quand, comme c’est le cas, il annonce qu’il entend faire passer le salaire minimum des employés d’entreprises sous contrat public de 7,25 dollars de l’heure à 10,10 dollars, y compris en faisant adopter cette mesure par décret.

Près de 40 % d’augmentation.

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On peut certes objecter que cela ne touchera directement que quelques centaines de milliers d’employés, que Barack Obama avait déjà promis l’an passé de porter ce salaire 
à 9 dollars, que l’effet d’entraînement qu’il affirme espérer dans le secteur privé n’a rien d’assuré, et enfin qu’il s’agit d’une position électoraliste en direction 
de la gauche américaine qui réclamait cette mesure. Tout cela n’est sans doute pas faux et doit en tout cas être pris en compte. Non, pour être clair, Barack Obama n’est pas devenu communiste, ni même socialiste, voire social-démocrate quand bien même aux États-Unis, les lobbys réactionnaires ne cesseront pas de l’en accuser.

Pour autant on peut remarquer qu’à tout prendre, même si c’est tactique, on peut préférer qu’un président entende sa gauche plutôt que d’écouter la droite. Quand le même affirme aussi qu’il va prendre son téléphone pour inciter les entreprises à embaucher, ce n’est pas après avoir déposé à leurs pieds des cadeaux en signe d’allégeance. Mais surtout, ce qui retient l’attention, c’est qu’il s’agit tout de même d’une pierre lancée dans la mare idéologique des requins libéraux, si ce n’est d’un coup de canif dans les dogmes. Pendant trente ans, après la Seconde Guerre mondiale, les politiques « keynésiennes » de croissance par la demande et le pouvoir d’achat étaient assez largement partagées dans les pays développés. L’offensive ultralibérale, à partir des années 1980, les a laminées au profit des politiques de l’offre, de la baisse du coût du travail, de la hausse des profits et d’une explosion phénoménale des inégalités. C’est avec cette politique que le président américain affirme vouloir prendre ses distances, et ce ne peut être sans portée et sans conséquences dans le mouvement des idées. Il faut noter qu’à quelques heures près, le patron de Google, à Davos, mettait en garde ses pairs contre la stagnation des salaires qui, disait-il, se révèle contre-productive pour l’ensemble de la chaîne économique. 
Au même moment, au Bundestag, Angela Merkel semblait convaincue par la mise en place d’un salaire minimum et indiquait qu’elle entendait corriger les « dérives » du marché du travail.

Il n’y a pas d’illusions à se faire et nous ne sommes pas en face de conversions miraculeuses. Mais sans doute une part des acteurs du monde capitaliste prend-elle conscience que les causes qui ont conduit à la crise de 2008 sont toujours aussi efficientes, voire plus, et que, comme l’ont déjà indiqué des experts du FMI, les politiques d’austérité arrivent à leurs limites. La peur, comme on le sait, est le commencement 
de la sagesse. Paradoxalement, la France semble prendre le chemin inverse et le prix Nobel d’économie Paul Krugman pouvait écrire, dans une récente tribune 
du New York Times après la conférence de presse 
de François Hollande, que ce qui était choquant c’était « sa façon d’accueillir favorablement les doctrines de droite qui ont été discréditées ». Pour un peu, au cours de 
son prochain voyage aux États-Unis, c’est Obama qui 
va lui faire la leçon.

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